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L'organisation patronale considère le chantier de l'assurance-chômage comme sa priorité, faisant preuve de moins d'allant pour pousser une réforme des retraites compliquée à mener dans le contexte actuel. Cette position reflète également des différences de sensibilités au sein du patronat.

 

Mais où est passée la réforme des retraites ? Mesure phare de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron , celle-ci a du mal à apparaître sur les radars en cette rentrée politique. Au point qu'un de ses plus ardents défenseurs, le Medef, est désormais beaucoup moins allant sur le sujet, se résignant à miser tous ses espoirs de réforme sur celle de l'assurance-chômage en gestation .

Interrogé lundi matin sur France Inter, Geoffroy Roux de Bézieux, le président de l'organisation patronale, a d'ailleurs été très clair sur le dossier de la réforme des retraites : « Ce n'est pas ce qu'il faut faire le 1er septembre, alors qu'on a plein d'autres problèmes », a-t-il avancé. Le sujet avait ainsi été examiné la veille, lors d'un conseil exécutif du Medef. « C'est un problème de priorités. Le gouvernement est très flou sur les retraites pour le moment, nous ne voulons pas relancer le dossier à ce stade et préférons insister sur le chantier de l'assurance chômage qui est déjà lancé », explique un participant à la réunion.

« On a du mal à voir comment cela pourrait être mis en place à l'été 2023 comme le chef de l'Etat l'a promis. Au moins avec l'assurance-chômage, c'est plus facile à faire et plus efficace pour jouer sur le taux d'emploi, en lien avec les préoccupations de nos adhérents sur les difficultés de recrutement », renchérit un dirigeant de fédération.

Lors de l'université d'été de rentrée de l'organisation patronale ce lundi, Geoffroy Roux de Bézieux a d'ailleurs vanté les effets positifs d'une hausse de ce taux d'emploi, « qui permettrait de réduire une partie du déficit du régime des retraites ». En clair, le rétablissement des comptes peut être atteint par d'autres voies qu'une refonte du système des pensions stricto sensu.

Peur des grèves

Un dirigeant patronal insiste également sur le fait que ce « manque d'allant » sur les retraites reflète aussi des « sensibilités diverses sur le sujet » dans les rangs du patronat. Il y a quelques mois déjà, certaines fédérations avaient exprimé leurs doutes sur la nécessité d'aller vers un conflit social en pleine période de reprise. « Des grèves dans le bordel actuel, ça fait toujours peur à certains », résume abruptement le dirigeant patronal, même si tout le monde ne partage pas ces préoccupations.

Enfin, toutes les fédérations du Medef n'ont pas forcément les mêmes attentes quand il s'agit de définir une réforme idéale des retraites. « Dans le bâtiment ou l'industrie, certains disent que la retraite à 65 ans, ils ne savent pas faire compte tenu de la dureté des métiers. A contrario, certains secteurs de services à forte valeur ajoutée craignent qu'avec un allongement de la durée de cotisation, ils doivent gérer des cadres jusqu'à 70 ans », résume un membre du Medef.

C'est peut-être aussi la raison pour laquelle Geoffroy Roux de Bézieux évoque « la prise en compte de tous les paramètres (emploi des seniors, usure au travail dans certains métiers, carrières longues, etc.) » quand il parle d'une future réforme au « Figaro » ce lundi.

Concertations à l'automne

Ce manque d'allant ne fait pas pour autant du Medef un opposant à une refonte du régime des pensions. « Il n'y aura pas le choix, il faudra faire à un moment cette réforme si l'on veut rétablir l'équilibre de nos finances publiques », insiste un dirigeant de fédération. Devant les patrons réunis pour l'université d'été, la Première ministre, Elisabeth Borne, a promis un début de concertation « à l'automne », après un premier débat au Conseil national de la refondation le 8 septembre .

Mais au Medef, on voit bien que chez les partenaires sociaux, la CFDT est vent debout contre le projet, tandis que, côté politique, LR vendra sans doute chèrement son soutien au gouvernement pour que le texte puisse être voté. « Ça va être compliqué à mener », convient un dirigeant patronal.

Source : Renaud Honoré, lesechos.fr

Tag(s) : #France