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La réforme des retraites aurait-elle du plomb dans l’aile ? En tout cas cette réforme emblématique, autant pour Emmanuel Macron – seul président de la Ve République à ne pas avoir fait de réforme sur ce sujet – que pour ses oppositions – dont celles de gauche qui en font d’ores et déjà la mère des batailles sociales – est dans le flou. Il est vrai que depuis 2017, les aléas de l’actualité ont chaque fois contrecarré les ambitions d’Emmanuel Macron.

Percutée par le Covid

On se rappelle qu’en mars 2020, Édouard Philippe avait sorti l’article 49.3 pour faire adopter une réforme des retraites très controversée mais originale puisqu’elle combinait des mesures systémiques (le passage à un système universel par points avec la fin des régimes spéciaux) et des mesures paramétriques (la création d’un âge pivot de 64 ans en plus de l’âge de départ de 62 ans, inchangé). L’épidémie de Covid-19 a bouleversé la suite du processus au point qu’en novembre 2021, Élisabeth Borne, alors ministre du Travail, admettait qu’il était « préférable » de faire la réforme des retraites différemment, le système à points – soutenu par la seule CFDT parmi les syndicats – ayant créé « de l’inquiétude ».

La réforme n’était toutefois pas abandonnée. En mars 2022, Emmanuel Macron, candidat à sa réélection, promettait une réforme des retraites moins « chamboule-tout » et moins « anxiogène », mais reprenait la proposition phare de la candidate LR Valérie Pécresse de report de l’âge de départ à 65 ans, soit un an de plus que l’âge-pivot prévu en 2020.

Macron « prêt à bouger »

Un mois plus tard, le président sortant, devant les critiques, se disait « prêt à bouger » sur le départ à 65 ans, n’excluant pas un référendum sur le sujet. « On ne va pas le faire du jour au lendemain. Tout ça se discute » assurait-il en indiquant que cette réforme se ferait progressivement et n’enterait pas en vigueur avant 2030, mais que des discussions se tiendraient dès l’été suivant sa réélection.

C’était sans compter, là encore sur de nouveaux obstacles : d’une part la perte de la majorité absolue à l’Assemblée pour les macronistes et leurs alliés lors des législatives de juin 2022 qui les obligent sur ce sujet à courtiser les LR et d’autre part l’accentuation de la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine. Dès lors une réforme des retraites est apparue en décalage par rapport aux questions prioritaires de pouvoir d’achat, d’énergie voire des conséquences du réchauffement climatique après un été caniculaire marqué par les incendies et une sécheresse historique.

Mais Emmanuel Macron, qui ne veut pas se défaire de son ADN « réformateur », maintien malgré tout la réforme des retraites à l’agenda du nouveau gouvernement Borne. « Ce sur quoi je me suis engagé, c’est de dire qu’on doit progressivement décaler l’âge de départ légal jusqu’à 65 ans à l’horizon des années 2030, ce qui veut dire un peu moins de deux ans d’ici la fin du quinquennat », explique alors le Président réélu dans son interview du 14-Juillet, affirmant que « la discussion doit commencer à la rentrée » et que « dès l’été 2023, il faut qu’on ait une première entrée en vigueur. » Le Président imagine même l’émergence de compromis au sein du nouveau Conseil national de la refondation qu’il veut mettre en place.

Mais le calendrier se fait beaucoup plus flou lorsqu’Elisabeth Borne prononce son discours de politique générale à l’Assemblée le 6 juillet. « Notre pays a besoin d’une réforme de son système de retraite », plaide la Première ministre sous les huées de la gauche, mais elle ne fait pas référence au report à 65 ans de l’âge légal et n’apporte aucune précision nouvelle sur le contenu de la réforme.

La volte-face du Medef

La semaine dernière, l’exécutif se retrouve confronté à la volte-face du Medef sur la réforme des retraites. « Ce n’est pas ce qu’il faut faire le 1er septembre, alors qu’on a plein d’autres problèmes » lance le patron Geoffroy Roux de Bézieux, alors que les entreprises subissent la flambée des prix de l’énergie, des coûts d’approvisionnement ou des difficultés de recrutement. Le Medef préfère que le gouvernement se concentre sur la réforme de l’assurance-chômage.

À l’issue du séminaire gouvernemental mercredi, la réforme des retraites « juste et équitable » est à peine esquissée dans le document des chantiers prioritaires de l’exécutif. Au point que jeudi matin sur France Inter, Elisabeth Borne se voit contrainte de dire que le gouvernement va « bien évidemment » la faire et que des discussions avec les partenaires sociaux, les parlementaires « s’engageront après le Conseil national de la refondation » qui ne cesse d’essuyer des défections avant sa première réunion le 8 septembre…

En coulisse, l’exécutif concède faire face à de sérieuses difficultés. « On cherche des syndicats, il n’y en a pas un. Le Medef nous explique que ça n’est pas utile. Pas facile d’engager une réforme des retraites quand même le patronat n’en veut pas », confiait une source gouvernementale à L’Opinion.

Pour l’heure personne ne sait ce que contiendra réellement cette réforme maudite pour l’exécutif, ni quand elle sera présentée devant le Parlement.

Source : Philippe Rioux, ladepeche.fr

Tag(s) : #France